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Interview Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

  • Lubna Playoust
  • 2022-01-20

Interview Joana Hadjithomas & Khalil Joreige par Lubna Playoust

D’où est venu l’idée de réaliser Memory Box ?

Joana : On s’inspire très souvent de notre vie, de nos rencontres, d’évènements qui nous sont arrivés, d’un vécu qui nous bouleverse à certains moments. L’origine de ce film, ce sont des cahiers, des lettres et des cassettes que j'ai écrit de 1982 à 1988 à une  amie partie vivre en France durant la guerre civile libanaise. Séparées, on s’était juré de s’écrire. Et de 13 à 18 ans, pendant 6 ans, on s’est effectivement écrit tous les jours, enregistré des cassettes, envoyé des photos. Puis on s’est perdues de vue. Vingt-cinq ans plus tard, on s’est retrouvé par hasard et elle, comme moi, avions tout, mais absolument tout gardé ! On a alors échangé notre correspondance mutuelle. Avoir toute cette archive à ma portée, replonger dans ces écrits, ces souvenirs d’adolescence et de guerre, retrouver sur les cassettes une voix enfantine, la mienne, que je ne reconnaissais pas, a été une émotion très forte surtout que notre propre fille Alya venait tout juste de fêter ses 13 ans et qu’elle avait très envie de tout lire ! 

Khalil : On s’est posé la question de savoir si elle pouvait le faire, ce que cela voulait dire de partager ces souvenirs, cette mémoire, une histoire. On se demandait si on pouvait livrer notre adolescence à notre fille, elle-même adolescente. Quels effets d’échos cela allait provoquer ? Que transmettre ? L’idée du film était là !

 

Ce film est votre 4e long métrage mais il se présente aussi comme un projet artistique. Comment avez-vous décidé de lier ces deux pans de votre travail ? 

Khalil : Nous sommes artistes plasticiens et cinéastes. Mais pour nous, ces deux mondes qui communiquent peu entre eux dans la réalité, sont un seul et ne sont pas séparés. A l’histoire qui est racontée, nous avons ajouté nos expérimentations artistiques et parfois certaines de nos oeuvres.  La jeune Alex, qui plonge en secret dans les archives de sa mère, ne connait rien aux années 80, à la guerre et peu de choses du Liban. Elle va récréer entre réalité et fantasme l’adolescence tumultueuses de sa mère et ces recréations retrouvent la sensualité du cinéma, son inventivité : on brûle, on découpe, on anime mais de façon assez jouissive . Une dimension visuelle importante est basée sur des photographies que j'ai faites durant mon adolescence à Beyrouth dans ces mêmes années.  

Joana : On a conjugué ainsi nos deux archives, nos histoires. On avait envie aussi, de montrer une histoire de la photographie argentique : des planches-contact, des polaroïds, des photos bonus, des films latents de cette époque mais aussi des super 8 et des choses qu’on a tournées ou photographiées mais jamais diffusées. Pour ce film, on a fait plus de 10 000 photos et ressortis aussi plusieurs centaines de clichés. C’était important d’utiliser mes cahiers en y rajoutant des pages servant la fiction mais aussi de très nombreuses photographies qui serviront d’inspiration à Alex. 

Quels ont été vos sources d’inspiration ?

Nos sources d’inspirations sont diverses mais d’abord ce sont nos cahiers, nos cassettes et nos photographies : il y a tant de détails, c’est inépuisable. Nous nous sommes basés sur la musique enregistrées dans les cassettes, des chansons new waves et rocks qu’on a mis dans le film et qui nous ont replongés dans l’ambiance de l’époque. Une autre source d’inspiration a été la façon dont la génération de notre fille utilise son smart phone. Nous ne sommes pas nostalgiques du passé et nous voulions à tout prix que ces documents d’hier soient réactivés avec les outils d’aujourd’hui. C’est ce que fait Alex en photographiant et animant les photographies de sa mère. Enfin une grande source d’inspiration sont nos acteurs : nous ne partageons pas le scénario avec eux car nous pensons qu’ils ont des choses plus importantes à apporter par leur expérience, leur être au film. Ici ces trois générations de femmes, la grand-mère (Clemence Sabbagh), la fille Maia (Manal Issa/Rim Turki) et la petite fille (Paloma Vauthier) étaient proches d’une façon ou d’une autre par leur vécu des personnages que nous avions créés.   

 

Quelle est la dernière curiosité que vous ayez vu ?

 

Nous rentrons de Beyrouth et la veille de notre départ, nous avons visité Lost in the Right Direction, une exposition qui fait dialoguer art, design dans un site archéologique et des ruines romaines. Des artistes et designers conversaient dans ce site magnifique en y plaçant ou y créant des oeuvres invités par Annie Fodoulian en hommage à sa fille Gaïa morte au moment de l’explosion du 4 aout 2020. C’était un sentiment très intense de voir une de ses oeuvres posthumes et de se dire que malgré tout, on peut continuer de créer. 

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