INSIANG

Ce film a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes en 1978.

Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya. Elle se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où chômage et alcoolisme font partie intégrante du quotidien. Un jour, Tonya ramène chez elles son nouvel amant, Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle « belle-fille »…
Filmé en seulement onze jours dans des bidonvilles sous étroite protection policière afin d’éloigner les éventuels gangs du tournage, puis brièvement censuré par le président Ferdinand Marcos qui le juge trop critique envers l’Etat, “Insiang“ est aujourd’hui considéré comme l’un des chefs d’oeuvre du cinéma philippin. Et Lino Brocka comme son ambassadeur le plus remarquable.
 
À travers la représentation de bidonvilles gangrénés par le manque de travail et la profusion d’alcool, et en dénonçant une société où les hommes considèrent les femmes comme des proies, le réalisateur pose un regard engagé sur les conditions de vie et les rapports sociaux au sein de son pays. Des existences miséreuses qui ne peuvent mener qu’au sinistre cercle vicieux de la violence, capable de corrompre l’individu le plus vertueux.

Grâce à un travail remarquable sur le cadrage, à une photographie extrêmement soignée et à une bande son mélancolique, Brocka insuffle une force prodigieuse à cette histoire en apparence anodine. Le tout sublimé par la performance de l’interprète principale, Hilda Koronel.
 
Cette représentation de la misère et de la violence rappelle le travail des cinéastes italiens Pier Paolo Pasolini avec “Accattone“ (1961), ou Vittorio De Sica dans “Le Voleur de bicyclette“ (1948).


Hugues Porquier, journaliste, mk2 Curiosity