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Canal+ présente "Clean With Me (After Dark)"

de Gabrielle Stemmer

À propos de ce programme

Synopsis : Sur Youtube, des centaines de femmes se filment en train de faire le ménage chez elles. À travers un film d’archives original, Gabrielle Stemmer nous révèle que ces vidéos, a priori anodines, sont en réalité révélatrices de la détresse et de la solitude dans lesquelles ces femmes sont enfermées.

Avec l'aimable autorisation de Canal+.

Retrouvez une grande sélection de films en clair sur Mycanal à l’occasion de LA FETE DU COURT METRAGE du 24 au 30 Mars.

Ce film a reçu le prix spécial du jury (édition 2020) au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand.

ENTRETIEN AVEC GABRIELLE STEMMER, RÉALISATRICE DU FILM

Après un master de littérature, Gabrielle Stemmer intègre le département montage de La Fémis, d'où elle sort diplômée en 2019. Pendant sa scolarité, elle réalise "Doug's Theory", faux fragment d'un vrai documentaire, et "Clean With Me (After Dark)", son film de fin d’études, qui remporte plusieurs prix en festivals. En parallèle de son activité de monteuse, Gabrielle Stemmer concentre ses projets personnels sur les archives internet, le thème des images trompeuses et la question du modèle féminin. Elle nous raconte "Clean With Me (After Dark)" dans cet entretien en trois temps.

La genèse du film : d’un projet de fin d’études sous contrainte à l’émergence d’une idée singulière

G.S. : "Clean With Me (After Dark)" est mon film de fin d’études de la Fémis, où j’ai suivi une formation de monteuse. Nous les monteurs avons une contrainte particulière pour nos films : ils doivent intégrer des images d’archives, c’est-à-dire des images préexistantes. Un peu, ou beaucoup, c’est au choix. Et il se trouve que moi, à côté des films et des séries que je pouvais regarder, j’avais une grande consommation de vidéos Youtube en tout genre - ou en fait non : très précisément genrées, justement - dont des vidéos de ménage (je fais partie de ces gens qui s’apaisent devant le spectacle d’un autre être humain faisant le ménage).

J’en ai regardé plusieurs années, je suis devenue familière des youtubeuses, de leurs maisons, de leurs familles, et à l’affût de tous les moments qui trahissaient les failles de la vie parfaite qu’elles mettaient en scène… Je savais qu’il y avait matière à en faire un documentaire sur la condition de la femme aujourd’hui, dans une région précise du monde, et sur le modèle de féminité que ces vidéos mettent en avant.

Un jour à la Fémis on nous a montré "Transformer’s : the Premake" de Kevin B. Lee, et tout s’est mis en place : j’allais faire mon film de fin d’études sur les vidéos clean with me, et tout se passerait sur un écran d’ordinateur. Le projet a mûri pendant plusieurs mois - j’y travaillais entre les montages que je faisais pour les films des autres étudiants.

Une influence assumée : "Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles" de Chantal Akerman

G.S. : Concernant le spectre de Jeanne Dielman, c’est un petit hommage que j’ai voulu faire à ce film qui m’a beaucoup marquée, et qui s’était toujours superposé pour moi aux images des vidéos clean with me. Il y a un rapprochement évident, et en même temps une distance énorme, qu’elle soit idéologique ou formelle.

C’est sans doute aussi un petit « warning » pour le spectateur attentif. Au départ je pensais glisser d’autres références cinématographiques ou littéraires dans le film, mais tout ça s’est fait expulser au fur et à mesure du travail, et est seulement restée cette image de profil. D’ailleurs, au début, à l’ouverture de session, ce n’était pas mon nom qui apparaissait, mais le prénom « Jeanne ». Mais assez vite ça n’a plus fait sens par rapport au tournant plus radical que prenait le film, où quelque part de fiction que ce soit n’avait plus sa place.

Cela étant, il y a d’autres échos qui se créent naturellement au fil du film, vers d’autres univers cinématographiques, à travers à la fois la figure de la femme au foyer, et les images qu’on a tous des banlieues américaines, qui sont des décors hautement cinéphiles. Et parfois ces deux éléments sont convoqués en même temps, comme bien sûr "Desperate Housewives" ou le personnage de Betty Draper dans "Mad Men," ou bien un film comme "Serial Mom" de John Waters.

En travaillant sur ce film, j’ai vraiment pris la mesure de la matière proprement documentaire que constituent toutes ces images du net, et mes projets en cours poursuivent cette veine, que ce soit en piochant dans des vidéos Youtube, ou d’Instagram, ou de Snapchat, ou encore de TikTok. Je ne suis d’ailleurs pas la seule, puisque toute une constellation de réalisateurs et réalisatrices s’est formée ces dernières années autour de ces enjeux - je ne suis ni la première, ni la plus pointue sur le sujet. Mais je pense qu’on a tous en commun d’être un jour tombé sur des vidéos qui nous ont donné envie de réfléchir sur ces images du quotidien, d’en avoir fait quelque chose dans notre coin, avant de réaliser qu’on n’était pas les seuls à s’intéresser à cette pratique documentaire. Et après, les façons de faire constituent la patte de chacun.

Moi dans "Clean With Me (After Dark)", au fur et à mesure j’ai formé mon credo : je ne prendrai que des choses qui sont déjà disponibles sur internet, je n’ajouterai absolument rien. C’est pour ça qu’il n’y a pas d’entretiens par exemple. Mais je ne pense pas suivre la même méthode pour mes prochains projets, j’ai envie d’expérimenter d’autres manières de faire.

L’après "Clean With Me (After Dark)"

G.S. : Actuellement je travaille sur deux projets qui sont liés à tout ce que j’ai appris et découvert en faisant "Clean With Me (After Dark)". J’écris un webdoc sur le même sujet, mais où je veux que le spectateur puisse cette fois entrer dans la maison d’une cleanfluenceuse et fouiller pour découvrir ses secrets, comprendre les enjeux féministes actuels qu’elle symbolise.

Et en parallèle je travaille sur le pilote d’une websérie qui décrypte les tendances du youtube féminin, et qui veut montrer comment les réseaux constituent un observatoire de choix sur les modèles qui nous sont proposés.

Ma manière de travailler et la matière que j’utilise s’arrangent bien des conditions actuelles, même si c’est triste à dire. Par exemple au moment du premier confinement, je devais réaliser un court métrage documentaire pour la série "Hobbies" : j’ai pu le réaliser quand même, parce qu’il se passait entièrement dans Second Life. Et comme je le disais, mes projets en cours se nourrissent tout autant d’internet, et se destinent à internet. Après, loin de moi le désir que tout nous ramène encore et toujours à ces écrans dont on ne se sépare plus, et vivement qu’on puisse retrouver les salles de cinéma !

En tant que monteuse, je travaille sur des films de fiction ou de documentaire qui se destinent au grand écran, j’aime cet équilibre. Et dans mes propres réalisations, je ne sais pas si je continuerai à travailler cette veine une fois que ces deux gros projets seront passés. Ou alors, pour explorer les territoires de la fiction peut-être…

Quelques recommandations de films à ne pas manquer :

Deux autres films de fin d'études de ma promo m'avaient particulièrement plu, qui se trouvent être deux documentaires : "Mat et les gravitantes" de Pauline Pénichout (qui vient de rafler pas mal de prix à Clermont-Ferrand), dans lequel il est question d'un groupe de jeunes femmes qui participent à une séance d'auto-gynécologie ; et "Le Bruit du coffre-fort" de Clara Saunier, qui met en œuvre tout un tas de procédés pour reconstituer la maison perdue de son enfance. De manière générale je crois que j'aime de plus en plus les films qui vont piocher dans des sources d'images hétéroclites. Il n'y a pas longtemps j'ai participé à une "table ronde" virtuelle, avec notamment Nicolas Gourault qui a réalisé "This Means More", un documentaire extrêmement bien construit au sujet de l'accident du stade d'Hillsborough. Je recommande !

Avec l'aimable autorisation de

Autour du film

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