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Emmanuel Marre et Julie Lecoustre

Curiosity invite Emmanuel Marre et Julie Lecoustre à l’occasion de la sortie en salles de leur premier long-métrage Rien à foutre (en salles le 2 mars 2022).

Deuxième collaboration seulement des deux réalisateurs, Rien à foutre confirme la naissance d’une identité cinématographique aussi inclassable que précieuse. Choisissant d’aborder le politique par le biais sensoriel, Emmanuel Marre et Julie Lecoustre s’emparent de l’univers du low-cost pour y projeter Cassandre, hôtesse de l’air interprétée par Adèle Exarchopoulos, qui à l’image de leur cinéma accepte de se perdre pour mieux se retrouver. 

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Il y a dans Rien à foutre comme dans D’un château l’autre un rythme particulier, alternant entre immobilité et mouvement. Quelle place occupe le montage dans votre processus d’écriture ?

Dans notre travail, le montage est inclus et pensé dans le rythme et le mouvement de fabrication du film. Le tournage se fait en plusieurs sessions et nous montons longuement entre chaque bloc pour continuer d’écrire le film. Cette manière de faire, éprouvée sur D’un Château l’autre, et pensée avec les producteurs, a été perpétuée sur Rien à Foutre. La matière qu’on ramène est faite de « blocs durée » vu qu’on découpe très peu. Il faut respecter la musique de la matière tournée. Tout l’enjeu est de restituer la respiration émotionnelle des moments que l’on va assembler. En vérité, on peut dire que le film s’écrit au fil de cet entremêlement tournage-montage.  

 

Rien à foutre présente plusieurs similarités avec le cinéma documentaire : vous vous êtes entretenus avec de nombreuses hôtesses de l’air, vous avez tourné plus de 90 heures de rushs, vous filmez en lumière naturelle… Qu’est-ce que ça raconte de votre rapport à la fiction ?

 

Si on continue sur le montage, Nicolas Rumpl (monteur de D’un Château l’autre et Rien à Foutre) ne lit rien avant de découvrir les images et les sons. Sur le plateau, on tourne sans bloquer les espaces, sans séparation spatiale entre la zone de fiction et le réel. Ce qui nous intéresse dans le documentaire, c’est que le mouvement des films n’est pas dicté par l’action ou les objectifs du personnage, il y a de la place pour d’autres choses, des moments plus gratuits. La dramaturgie classique se base sur le conflit, le documentaire raconte des existences. Mais pour nous la distinction fiction documentaire n’a pas lieu d’être, nous essayons simplement d’enregistrer de la vie, que ce soit vivant.

 

Vous évoquez la crainte d’être moral tout en signant un film éminemment politique, notamment axé sur le droit à la tristesse. Comment s’est déployée cette dimension politique ?

 

Ne pas regarder en aplomb et ne pas juger est essentiel pour nous. On cherche simplement à décrire, documenter et archiver. Cette position met à nu le travail d’hyper individualisation que le néolibéralisme met en œuvre dans nos vies, mais elle nous impose aussi de ne jamais faire la leçon...Les êtres humains que l’on montre à l’écran subissent des forces de domination, mais aucun être humain n’est dominé 24h sur 24h. Notre époque joue sur nos émotions humaines pour nous pousser à consommer, à être auto-entrepreneur de sa propre vie, être la meilleure version de soi-même, mais quelle est la place de ces émotions quand celles-ci s’expriment sincèrement dans notre société ? Quelque part, la tristesse, l’immobilité sont les seules émotions qui ne sont pas récupérables à des fins commerciales ou managériales.

 

Et pour terminer pouvez-vous nous dire quelle est la dernière curiosité que vous ayez vue ?

Pour nous, il suffit de s'asseoir quelque part et de prendre le temps de regarder pour voir des choses surprenantes, touchantes ou intrigantes au quotidien. Côté cinéma, Soy libre, le documentaire de Laure Portier, d’une brutale sensibilité, nous a bouleversé. Également l’inénarrable Fils de plouc de Harpo Guit et Lenny Guit, "qu’on aime d’amour".

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