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Jean-Stéphane Bron

Curiosity invite Jean-Stéphane Bron à l’occasion de la sortie en salles du documentaire Cinq nouvelles du cerveau ( le 16 mars 2022).

Démontrant l’ancrage du monde scientifique dans une pluralité de narrations et d’idéologies, le réalisateur suisse nous offre les outils nécessaires pour penser l’évolution de nos modes de vie et répondre à des questions éthiques fondamentales.

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Si le sujet de votre documentaire est avant tout scientifique, chacune des nouvelles qui le traverse a pour fil rouge une histoire humaine. Pourquoi ce choix ?

 

Dans le vaste champ des neurosciences, j’ai cherché des histoires, pas des discours. Souvent de manière très intuitive, j’ai choisi des situations au coeur desquelles je pouvais filmer une relation – celle d’un père et de son fils par exemple, comme c’est le cas pour la nouvelle qui ouvre et referme le film. Toutes ces relations devaient pouvoir incarner « physiquement » des notions très abstraites, à travers des dialogues qui devaient nous aider à comprendre, nous questionner. L’idée de faire un documentaire de science-fiction, ancré dans relations humaines faciles à appréhender, était présente dès le départ.

 

L’un des enjeux du film est de mettre en image « un paysage mental futuriste », forcément abstrait donc. Comment avez-vous préparé la mise en scène de cette dimension abstraite ?

 

Je crois que ce paysage se construit, effectivement, principalement dans la tête du spectateur, parce que des images spectaculaires, il n’y en a pas. Je ne voulais pas entrer en compétition avec la fiction sur le terrain des images ou du spectacle. Mais j’ai cherché des signes, des idées, des notions, qui pouvaient faire référence à des films de SF, des récits de SF. J’ai choisi des mots, des sons, qui pouvaient engendrer des images, les activer. Le spectateur fait un grand bout du chemin, notre imaginaire complétant, amplifiant, ce qui est ici simplement suggéré.

 

Cinq nouvelles du cerveau expose des visions radicalement différentes de l’apport potentiel des nouvelles technologies dans nos sociétés. Quel a été l’impact du tournage sur votre rapport personnel à ces technologies ? 

 

J’ai souvent filmé des lieux de pouvoir. Ce qui m’intéressait n’était pas de filmer la science au travail, mais l’imaginaire qui balise, et parfois fixe l’horizon d’un certain nombre de recherches contemporaines dans le domaine des neurosciences. Ce qui m’a frappé ce ne sont pas les technologies, mais en quoi les différents imaginaires que le film met en scène sont porteurs d’un projet de société, dont certains méritent d’être discutés collectivement, mis sur la table. Or, la science, dans ces domaines, est de plus en plus aux mains de groupes privés qui accouchent d’un monde nouveau dont nous ne débattons pas collectivement.

 

L’Expérience Blocher exposait déjà la puissance narrative des idéologies. Considérez-vous la maitrise de cette dimension narrative comme un avantage du documentariste sur son sujet ?

 

En documentaire, le filmeur a presque un pouvoir absolu sur ses protagonistes. D’où la confiance qui doit se nouer, le principe moral de ne pas être au-dessus de ses personnages, mais à la même hauteur, de les comprendre, d’être dans la complexité, selon la philosophie de Renoir que « chacun a ses raisons ». Or, que faire de ces principes éthiques lorsqu’on filme quelqu’un d’extrême-droite comme c’est le cas dans L’Expérience Blocher ? C’est bien entendu la question qui m’a hanté pendant le tournage de ce film. Comment déjouer l’identification propre au cinéma, cette machine à créer de l’empathie ? Comment être à la bonne distance ? Avec Blocher j’ai essayé de constamment rappeler au spectateur sa place de spectateur, de ne pas le laisser se prendre au spectacle du film. De le maintenir à distance. Ai-je réussi à exposer ce faisant la mécanique perverse du populisme ? Même si l’exercice est périlleux, je crois qu’il ne faut pas y renoncer.

 

Pour finir, quelle est la dernière curiosité que vous ayez vue ?

 

Ce n’est pas une curiosité, plutôt un film-culte. J’ai revu récemment The Savage Eye, de Sydney Meyers, Ben Maddow et Joseph Strick, qui est une merveille.

 

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