À la uneLes invitésLe catalogueLes épisodes

Jonas Carpignano

Curiosity invite Jonas Carpignano à l’occasion de la sortie en salles de A Chiara (le 13 avril 2022).

Toujours situé à Gioia Taurola en Calabre, le nouveau film du réalisateur et scénariste Jonas Carpignano fait suite aux très remarqués Mediterranea (2015) et A Ciambra (2017), pour suivre le bouleversement d’une adolescente qui découvre sa famille liée à une organisation criminelle.

___


A Chjàna
comme A Chiara sont construits autour de relations entre communautés et espaces. Pourquoi ces dispositifs de départ ?


La relation entre les lieux et mes personnages est très présente car pour moi il est fondamental que la caméra reflète leurs points de vue. Dans A Chjàna, comme dans A Chiara, j’ai découvert les lieux au travers de mes personnages et non le contraire : je ne me sers pas des personnages pour découvrir un lieu. Je me focalise plutôt sur la perception que, par exemple, Swamy (dans A Chiara) ou Koudous (dans A Chjàna) ont de ce qui les entourent.

Dans A Chiara les espaces que le personnage fréquente sont les mêmes où Swamy va tous les jours : le port, le long de la mer, sa chambre et les endroits où il se retrouve avec ses amis le soir. Dans A Chjàna e Méditerranée le récit peut sembler plus fragmenté car c’est comme ça qu’est le point de vue de Koudous et de ceux qui l’entoure. 

Plusieurs de vos long-métrages s’inscrivent dans la continuité de courts réalisés auparavant. Pouvez-vous nous parler du passage au format long ?

Je dois admettre qu’au départ ça n’était pas l’idée de fonctionner de cette façon. C’est quelque chose qui s’est développé au fur et à mesure des années, c’est devenu ma méthode. Par exemple pour Méditerranée l’idée de départ était de tourner un court sur les éléments de Rosarno. Je n’avais pas l’intention de faire une trilogie, ni d’en faire un long métrage. Je me suis bien senti à Gioia Tauro, et par chance j’ai rencontré Koudou Seihon et presque tout de suite on a décidé de réaliser un film, car nous étions devenus amis. A tel point que nous avons pris un appartement ensemble. Pendant le tournage de A Chjàna, le frère de Pio nous a volé la caméra. Nous sommes donc allés la récupérer et nous sommes rentré en contact avec sa famille. L’idée était de les connaître, et non pas de réaliser un film. Nous n’avions pas l’argent pour faire Méditerranée, et entre temps j’ai fait connaissance avec la communauté rom et la famille de Pio. C’est ainsi que j’ai décidé de faire ce court-métrage avec eux. J’avais essayé de réaliser Méditerranée mais avait perdu pas mal de financement. Par chance, le court métrage A Ciambra a été pris à Cannes et alors les investisseurs ont réapparu et accepté de produire Méditerranée.

Quand je regarde en arrière, ces courts métrages ont été utiles pour expérimenter la grammaire cinématographique et le langage. Ils m’ont permis de mieux comprendre comment m’y prendre pour la suite. Mais en réalité ces courts sont nés uniquement pour me donner la possibilité de les adapter en longs-métrages.

La figure de l’enfance est omniprésente dans votre œuvre. Qu’incarne-t-elle pour vous ?

Les jeunes m’intéressent. Leur envie de se découvrir eux même et le monde qui les entoure afin de trouver leur route comme pour Pio et Chiara (les personnages de A Ciambra et A Chiara) mais aussi Koudous (celui de Méditerranée) qui même en n’étant moins jeune que les autres, vient au contact d’un nouveau monde et ça ne tient qu’à lui de décider comment il veut vivre, qui il veut être et quelles règles il veut suivre dans ce monde. En ce qui concerne Chiara et son actrice Swamy Rotolo, et pour sa génération c’est une qualité, ils appartiennent à un monde globalisé, dans le bien et le mal. Ils ne sont plus enfermés dans la case des provinciaux, ils réussissent à réfléchir en intégrant d’autres points de vue car le monde est ouvert à eux. Et c’est ce qui leur donne de la force. Même la musique de ce film a pour rôle de faire comprendre que les jeunes d’aujourd’hui appartiennent à une culture plus ample et globale.

L’écriture d’A Chiara puise dans la vie réelle de certains de ses comédiens, qui n’ont d’ailleurs pas eu accès au scénario avant le tournage. Que dit cette relation aux acteurs de votre cinéma ?

J’écris les scénarios en étant au côté de mes personnages et je cherche à insérer des éléments réels. Dans A Chiara par exemple, la scène de la fête des 18 ans s’inspire d’une vraie célébration à Gioia Tauro. De cette fête j’ai trouvé l’inspiration pour la compétition de DJ qui est dans A Chiara. Même la salle, les plats ou l’organisation des espaces. Là-bas j’ai beaucoup mieux compris comment fonctionnait cette famille, leurs comportements, j’ai tout compris. Les liens profonds d’amitié et affectif que j’ai avec les acteurs se retrouvent dans mes films. Il y a beaucoup de Swamy dans Chiara, même si l’arc du personnage est très différent. Elle n’est pas du tout d’une famille de mafieux, mais le rapport entre les membres est celui-ci. Avec son père, ses cousins, ou même quand elle se moque de la jeune fille rom : ça c’est Swamy. Pour Pio et Koudous en revanche l’arc narratif est plus lié à leur expérience. Il s’agit d’eux même, pour le film ils parcourent à nouveau ce qui leur est réellement arrivé dans la vie.

Sur le tournage, il n’y a pas de rapport traditionnels réalisateurs / acteurs. Nous cherchons à dépasser la structure cinématographique. Nous sommes des amis qui nous nous retrouvons et faire des choses ensemble.

Pour terminer, pouvez-vous nous dire quelle est la dernière curiosité que vous ayez vue ?
Pour terminer, pouvez-vous nous dire quelle est la dernière curiosité que vous ayez vue ?

Il buco 
de Michelangelo Frammartino est un des plus beaux films que j’ai vus récemment. C’est extraordinaire ce que Frammartino arrive à faire.

Découvrir

Les épisodes

mk2 vous propose aussi

Curiosity

ROUGES. Histoires de couleurs

La curiosité est tout sauf un vilain défaut - inscrivez vous à la newsletter

Un algorithme ne propose que ce que vous aimez déjà, nous vous proposons ce que vous n'aimez pas encore. Recevez chaque semaine des films à regarder où vous le voulez.

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur