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Laura Wandel

-Que ce soit le court métrage Les Corps étrangers ou votre premier long métrage qui sort en salles, Un monde, comment choisissez-vous vos sujets ? A la fois ancrés dans l’actualité mais sans jamais rentrer dans la polémique.

Le désir d’écriture part généralement de lieux. Pour Les Corps étrangers, je sentais que j’avais envie d’explorer l’univers d’une piscine municipale. Il n’y a pas plus confrontant au niveau du regard. On est exposé. C’est pourquoi, j’ai commencé à construire le personnage d’un photographe de guerre en rééducation qui se retrouve avec la difficulté d’être confronté au regard de l’autre vis-à-vis de son handicap. Pour Un monde, je voulais explorer l’univers de l’école, les enjeux d’intégration et du besoin de reconnaissance qui y sont liés via le point de vue d’une enfant qui arrive dans la même école que son frère, victime de harcèlement.

-Vous aimez le hors-cadre, filmez de très près les corps et certains détails parfois même sans montrer les gens en entier, comme pour mieux révéler leur nature. Un formalisme qui peut rappeler les films de Robert Bresson dans Pickpocket ou Un condamné à mort s’est échappé. Qu’est-ce qui vous guide dans le choix des cadrages, dans la mise en scène ? 

Au niveau de la mise en scène, j’essaye toujours d’être au service de l’histoire. Pour Les corps étrangers, il s’agissait de rendre perceptible la manière dont Alexandre, le personnage principal perçoit le monde qui l’entoure, c’est à dire de manière morcelée et fragmentée en échos à l’image qu’il se fait de son propre corps. Toute la mise en scène est au service d’Alexandre, de sa perception. 
J’aime adopter un point de vue immersif pour être au plus près de ce que vivent et ressentent mes personnages, pour que le spectateur se projette dans leur histoire et y projette des éléments de son propre vécu. Le spectateur n’a accès qu’à ce à quoi mes personnages ont accès. Il n’y a pas d’autre point de vue que le leur. Les limites du cadre délimitent la perspective de leur regard.

-Comment avez-vous rencontré l’actrice de Un monde ? Et comment avez-vous abordé le travail avec cette enfant ? 

Par un casting où j’ai vu plus ou moins deux cents d’enfants. Maya avait 7 ans, et je n’oublierai jamais ce qu’elle m’a dit en arrivant aux essais : « moi, je veux donner toute ma force à ce film ». Ça m’a énormément touchée. Lors du casting, je demandais aux enfants de dessiner leur cour de récréation et de me raconter les jeux auxquels ils jouaient. Cela suffisait pour observer leurs gestes, leur parole, ce que la caméra captait d’eux. J’ai tout de suite vu que quelque chose d’énorme se dégageait de Maya. Avant le tournage, pour s’apprivoiser mutuellement, je lui ai appris à nager, ça a créé un lien fort entre nous. J’ai également travaillé avec deux coaches exceptionnels, dont une orthopédagogue. Le travail avec les enfants a commencé très en amont du tournage.  Pendant trois mois, tous les week-ends, nous avons travaillé avec les enfants. A aucun moment, ils n’ont lu le scénario. Il y avait plusieurs groupes de travail pour construire le lien frère/sœur, la relation entre les amies, la dynamique au sein du groupe de copains mais aussi un grand groupe qui les réunissaient tous. A travers des jeux, on les a habitués à la caméra, à travailler leurs émotions sans être dévorés. Puis nous leur expliquions le début d’une situation pour improviser. Enfin, ils dessinaient la scène, comme un story board enfantin. Au moment du tournage, on ressortait les cartons et ainsi, ils savaient très bien quoi jouer. Ça a été un énorme travail en amont mais j’ai adoré ce moment de la fabrication du film. 

-Quelle est la dernière curiosité que vous ayez vue ?

COW de Andréa Arnold. Un film documentaire quasi muet entièrement tourné à la hauteur d’une vache dans une exploitation agricole et qui est séparée de son veau. Le film suit en parallèle le sort des deux bêtes séparées et fait ressentir l’horreur de l’exploitation animale en montrant l’envers du décor. La mise en scène est à couper le souffle et la bande son très puissante. Ce qui me touche c’est justement cet aspect immersif et la simplicité de la proposition.

Les Corps étrangers

de Laura Wandel

En collaboration Tandem À l’occasion de la sortie de son premier long-métrage Un Monde (en salles le 26 janvier 2022), nous vous proposons ce court métrage de la réalisatrice Laura Wandel, sélectionné au festival de Cannes en 2014. L’histoire? Lors de sa rééducation dans une piscine municipale, un photographe de guerre appréhende le regard de l’autre et la proximité des corps. Le kiné qui l’accompagne va tenter de réhabiliter son regard sur le monde qui l’entoure.

En collaboration avec Tandem

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